Des photos pour remplacer la mémoire

Avec le grand déménagement et le grand chamboulement qui viennent de débarquer dans ma vie, mes préoccupations généalogiques ont, pour la plupart, été un peu malmenées au cours du mois écoulé. Aujourd’hui, je m’y remets avec ce rapide petit billet, inspiré du Généathème proposé par la généablogueuse Sophie Boudarel sur son site La Gazette des Ancêtres : « Des photos pour remplacer ma mémoire ». Mon objectif ici n’est cependant pas de présenter quelques photos symptomatiques de ce que fut mon enfance, mais plutôt d’insister (une fois de plus) sur l’importance de sauvegarder la mémoire familiale – et ce, chaque jour !

Ce n’est pas la première fois que j’écris sur le sujet, mais il n’est jamais superflu de le rappeler, comme le fait Sophie dans l’article que j’ai cité plus haut : les généalogistes étudient l’histoire du passé relativement lointain, mais délaissent bien trop souvent le passé proche, celui qu’ils et elles ont connu, celui de notre enfance. Dans un sens, ce passé-là n’est-il pas plus en danger encore que le passé lointain, dans la mesure où les traces de ce dernier sont bien souvent plus protégées au sein des archives nationales que les archives familiales récentes, toujours susceptibles de partir à la poubelle lors des grands déménagements ?

C’est en réaction contre ce risque permanent de l’oubli de la mémoire familiale proche qu’autant que possible, j’écris, je raconte, je note, j’annote. Photos, souvenirs, objets, récits, rien n’est superflu pour la postérité. Que restera-t-il de nous dans vingt, soixante, cent, deux cent ans ? C’est en bonne partie de nous que cela dépend. Aujourd’hui, de nombreux outils technologiques permettent de consigner le passé de manière facile, stable et sécuritaire. Il n’est pas difficile de numériser ce qu’il nous reste et de copier en divers endroits les souvenirs que nous aurons racontés. Pour ma part, ceux-ci ont pris la forme de plusieurs albums photos, de quelques caisses en carton de souvenirs (pas trop, pour ne pas que le tout soit trop encombrant), et d’un livret où j’ai raconté un maximum de ce que j’ai vécu, ressenti ou pensé à différentes époques de ma vie. De la même manière, je tiens au quotidien un « journal numérique » où je raconte en quelques mots ce qui, de la journée écoulée, mérite que je me rappelle.

Il serait trop encombrant et compliqué pour la postérité de faire le tri entre des pages et des pages de récits insipides du quotidien. C’est tout un art que de trier précieusement les photos, textes et récits qui resteront. L’idéal serait, selon moi, de faire de tout cela un grand livre de l’histoire d’une famille… C’est un de mes grands projets. Mais cela, j’en parlerai dans un prochain article.

Abraham Duquesne, un ancêtre noble ?

En son temps, mon arrière-grand-mère Hermina Duquesne était persuadée que sa famille avait une origine noble, éventuellement liée avec la famille Duquesne de la Vinelle. Avait-elle raison ? C’est ce que j’ai essayé de savoir.

Je connaissais, au début de cette recherche, les ancêtres de mon arrière-grand-mère sur trois générations au-dessus de la sienne :

Louis Duquesne (1791-1858)

|

Louis Duquesne (1842-?)

|

Victor Duquesne (1874-1942)

|

« Mina » Hermina Duquesne (1906-1997)

Il me fallait donc remonter plus loin que ce Louis, originaire de Dunkerque. Des recherches d’actes et de documents divers et variés m’ont permis de retrouver une ou deux générations supplémentaires, avant que, par manque d’archives numérisées, je doive me tourner vers la méthode du coucou : je suis parti à la conquête d’informations sur Geneanet. Bien évidemment, ces informations doivent toujours être maniées avec des pincettes, car il n’est pas rare que des erreurs s’y glissent.

Gagné : j’y ai trouvé de nombreuses réponses à mes questions, ou plutôt à celles de mon arrière-grand-mère ! Mais toutes ne sont pas très satisfaisantes. D’une part, il ne semble pas y avoir de lien de parenté entre les Duquesne et les Duquesne de la Vinelle, ces deux familles étant très anciennes (voir sur le site de Thierry Prouvost les ancêtres des Duquesne de la Vinelle) et la seconde ayant été anoblie assez tardivement. Voilà qui est réglé : Bonne-Maman avait tort ! D’autre part, l’arbre Généanet de Swaggie55 indique que les Duquesne de ma famille descendraient d’Abraham Duquesne, marquis et lieutenant général de la Marine française, proche de Louis XIV !

Abraham_Duquesne_gravure-resizedSelon Wikipedia, Abraham « est l’un des grands officiers de la marine de guerre française du XVIIe siècle. Né dans une famille huguenote au début du XVIIe siècle, il embarque pour la première fois sous les ordres de son père, capitaine de vaisseau. Il sert sous Louis XIII pendant la guerre de Trente Ans et se distingue en plusieurs occasions, notamment aux combats de Tarragone et du cap de Gata, mais doit quitter la marine en 1644 après avoir perdu un navire.

Pendant les troubles de la minorité de Louis XIV, il obtient de Mazarin l’autorisation de servir dans la marine royale suédoise, en compagnie de son frère. Il prend part à la guerre de Torstenson qui oppose le royaume de Suède au Danemark et se distingue au combat de Fehmarn en prenant le navire amiral du commandant de la flotte danois Pros Mund. Rentré en France, il réintègre la Marine royale et est envoyé en 1669 au secours de Candie, assiégée par les Turcs. Il prend part à la guerre de Hollande (1672-1678) et combat à la bataille de Solebay (1672) et à Alicudi (janvier 1676), mais c’est à la bataille d’Agosta (avril 1676) et à celle de Palerme qu’il se distingue tout particulièrement. Il termine sa carrière avec le grade de lieutenant général des armées navales, freiné dans son avancement par sa religion qu’il refusera d’abjurer malgré l’insistance de Louis XIV et de ses conseillers (Colbert et Bossuet). […] En 1685, il est l’un des très rares personnages autorisé à rester protestant et à pouvoir demeurer en France malgré l’Édit de Fontainebleau, à condition qu’il ne se livre à aucun acte d’allégeance public « à la religion prétendue réformée ». Il demande à émigrer, mais cette faveur lui est refusée, de peur qu’il ne renseigne l’étranger sur l’état des forces navales françaises. […] Une semaine après sa mort, le Roi ordonne que tous ses biens soient mis sous séquestre. À sa veuve on laisse le choix de l’émigration ou de l’abjuration. Cette dernière finit par renier sa foi et peut conserver ses biens. Sur les quatre fils du couple, deux se convertiront au catholicisme, les deux autres émigreront en Suisse. Parmi eux, son fils Henri Duquesne, qui transporte le cœur de son père au temple d’Aubonne, dans le canton de Vaud (Suisse). Ce dernier lui compose l’épitaphe suivante en latin dont voici la traduction :

« Du Quesne fils à son père:
Ce tombeau attend les restes de Duquesne
Son nom est connu sur toutes les mers
Passant, si tu demandes pourquoi les Hollandais
Ont élevé un monument superbe à Ruyter vaincu,
et pourquoi les Français
Ont refusé une sépulture au vainqueur de Ruyter
Ce qui est dû de respect et de crainte à un monarque,
Dont s’étend au loin la puissance,
M’interdit toute réponse ». »

Duquesne-D'ag au lion de sable lampassé et armé de gueulesAnobli en 1650 sous le titre de baron d’Indret et en 1682 sous le titre de marquis du Quesne, il prend les armes d’argent au lion de sable, lampassé et armé de gueules.

Voilà un bien illustre ancêtre ! …Sauf que quelque chose me chagrine. Dans l’arbre de swaggie55,  le nom de l’enfant d’Abraham dont serait issue mon arrière-grand-mère, né en 1635, est inconnu. Comment cela est-ce possible, comment la filiation peut-elle être établie avec certitude dans ce cas ? D’autant plus que dans l’arbre de Wailly et sur Wikipedia, tous les enfants d’Abraham sont nés bien plus tard que cet « enfant inconnu », et celui-ci n’y figure pas. Cela est incohérent… Peut-être ne suis-je pas le descendant d’Abraham Duquesne ? Si je le suis, alors par quelle filiation ? Peut-être le saurai-je un jour…

Un cousin au bagne outre-mer

En 1871, un certain Druenne participe à l’insurrection de la « Commune de Paris ». Il sera ensuite jugé et envoyé au bagne en Nouvelle-Calédonie, avant de rentrer à Paris et d’y commettre un autre forfait. Qui est cet étrange homme ?

Impossible de savoir où Jules César Druenne est né. Seule une indication dans La Gazette des Tribunaux de 1879 laisse deviner qu’il serait né en 1830 (voir tableau). Tout ce que l’on peut savoir de lui, c’est qu’il a eu à plusieurs reprises des démêlés avec la justice. Voici tout ce que je sais à son sujet…

1870 Il est condamné à un mois de prison pour vol. Paris (?) Voir références pour sa condamnation d’octobre 1879.
21-28/05/1871 Il participe à l’insurrection de la Commune de Paris. Paris Wikipedia
1871-1872 Il est jugé pour sa participation à la Commune de Paris, lors du deuxième conseil de guerre permanent du gouvernement militaire de Paris : conseil n°20, dossier n°113, GR 8 J 428. Paris Conseils de guerre et condamnés de la Commune de Paris, p.185
1872  Il est condamné au bagne en Nouvelle-Calédonie suite à sa participation à la Commune de Paris : matricule 2146, cote de référence FR ANOM COL H 78, code de communication FM H78/druennejul. Il est là fait mention d’une déportation simple, et non d’une déportation en enceinte fortifiée – contrairement à ce qui sera expliqué dans les journaux quelques années plus tard ; voir plus bas. Île des Pins, Nouvelle-Calédonie – Archives nationales d’Outre-Mer
– La Commune Vécue, p.408
– Google Maps
Octobre 1879 Ivre, il agresse des agents sur la voie publique, place Cambronne. En conséquence, il est condamné à un mois de prison et cinq francs d’amende. Paris – 31/10/1879, La Gazette des Tribunaux, Paris, p.2 : « Jules César Druenne, quarante-neuf ans, charretier, condamné à la déportation dans une enceinte fortifiée pour faits relatifs à la Commune, et, en outre, en 1870, à un mois de prison pour vol. À dix heures du soir, place Cambronne, il a été arrêté dans un état d’ivresse manifeste, a traité les agents de canailles, d’imbéciles, ajoutant : « Si je vous tenais dans un coin, je vous bourrerais de coups de poing. » Le Tribunal [de police correctionnelle] l’a condamné à un mois de prison pour le délit, et à 5 francs d’amende pour l’ivresse. Il était arrivé à Paris de l’avant-veille. »
– 1/11/1879, Le Figaro, Paris, p.2 : « Autre amnistié. Celui-là s’appelle Jules-César Druenne. Il a été deux fois condamné, d’abord pour vol, et plus tard à la déportation dans une enceinte fortifiée, pour participation à la Commune. Le Tribunal l’a condamné à un mois de prison, pour avoir traité les gardiens de la paix de canailles, d’imbéciles, et les avoir menacés dans les termes les plus abominables. »
– 4/11/1879, Le Gaulois, Paris, p.2 : « Le tribunal correctionnel jugeait, avant-hier, trois autres amnistiés, prévenus d’outrages aux agents. Le premier, Jules Druenne, charretier, a déjà été condamné, en 1870, à un mois de prison pour vol. Après la Commune, il a été condamné à la déportation dans une enceinte fortifiée. Arrêté, l’autre soir, en état d’ivresse, place Cambronne, il a traité les gardiens de la paix de « canailles et d’imbéciles », ajoutant : « Si je vous tenais dans un coin, je vous bourrerais de coups de poing. » Le tribunal l’a condamné à un mois de prison pour outrages aux agents, et à 5 fr. d’amende pour ivresse. »
On le voit, de nombreuses informations restent à découvrir au sujet de Jules. Peut-être l’avenir nous en dira-t-il plus ?

Un brasseur dans la famille

Dans son Histoire de la ville et du port de Brest, Prosper Jean Levôt évoque un certain Druenne, venu s’installer à Brest en provenance de Landrecies pour y produire de la bière au service de la Marine française :

En 1767, Choquet de Lindu, chargé comme ingénieur en chef, et indépendant des officiers du génie de terre, des travaux de la marine, rétablit le quai devant le magasin général, et l’on créa une brasserie près du Moulin-à-Poudre (1), en même temps qu’on préludait par l’installation d’une forge à martinet et d’un moulin à scier les bois, à l’établissement de l’usine de la Villeneuve (Appendice, §15).

En 1762, M. Le Roy, commus dans les bureaux du munitionnaire de la marine à Brest, avait, de l’agrément de M. l’intendant Hocquart, établi à l’anse Saupin, une brasserie où il fabriqua de la bière en vue de la substituer au vin de Saintonge, donné aux équipages pendant l’armement et le premier mois de la campagne. Il ne réussit pas, et en 1768, le ministre lui accorda une indemnité de 3,522 livres en dédommagement de ses pertes. Lorsqu’en 1767, M. de Clugny obtint qu’une brasserie fût faite et desservie au compte de la marine, un brasseur expérimenté, nommé Albert Druenne, vint à cet effet de Landrecies dans le Hainaut. La brasserie fut établie dans l’anse du Moulin-à-Poudre, et on loua, à une demi-lieue de là, une petite ferme où Druenne, qui avait apporté des plants de houblon du Hainaut, le cultiva avec assez de succès pour que, l’année suivante, il obtînt la récolte nécessaire à la fabrication de 900 barriques de bière. La fabrication donna d’abord d’aussi bons résultats que la culture ; mais des abus se glissèrent dans l’exploitation dont le munitionnaire fut chargé pour son compte, à partir du 1er janvier 1775. En 1783, un brasseur, nommé Holizer, fabriqua, d’après un procédé dont il était l’inventeur, 102 pièces de bière anti-scorbutique, et au mois de mars 1791, il offrit d’en fabriquer à 26 livres la barrique. Nous ignorons si sa demande fut accueillie. De nouveaux essais, tentés ensuite, furent promptement abandonnés (LEVOT Prosper Jean, Histoire de la ville et du port de Brest, vol.2).

Cette bière demandée par la Marine royale avait pour objectif, comme on peut le lire sur Le Télégramme, de soigner la syphilis et le scorbut à bord des navires.

Qui est cet homme ? À quel foyer de Druesne appartient-il ? C’est ce que je me suis donné pour mission de découvrir. Commençons par le début, et essayons de nous poser les bonnes questions. Ce texte ne nous dit rien de l’âge d’Albert ; difficile donc, à cette époque reculée qu’est le dix-huitième siècle, de trouver un éventuel acte de naissance. Je me tourne donc vers l’espoir de trouver son acte de décès, ne sachant ni s’il s’est marié, ni si cela se serait produit avant ou après son départ de Landrecies pour Brest.

Mais Brest est une grande ville, avec plusieurs paroisses. Les archives de Brest sont classées en fonction de ces dernières, et je ne sais dans quelle paroisse ou quel village environnant Albert aurait pu être enterré. Me voici donc parti sur Google Maps pour une partie de Geomapping, dans l’espoir de découvrir le quartier ou le village où Albert aurait pu vivre, en supposant qu’il a vécu à un endroit proche de sa brasserie – que j’essaie donc désormais de situer. Je sais, d’après le texte ci-dessus, que la brasserie d’Albert fut établie dans l’anse du Moulin à Poudre, inconnue sur Google Maps – à l’inverse de la rue du Moulin à Poudre. Normal : comme je l’ai appris, l’anse du Moulin à Poudre était un cours d’eau, qui, comme on peut le lire sur Tonnerredezef, est aujourd’hui comblé. Une publication sur la page Facebook des archives de Brest (22 octobre 2015) explique ce qui suit :

La voie que l’on dénomme depuis près d’un siècle et demi rue du Moulin à Poudre n’est, en fait, que le tracé de l’ancienne vallée du ruisseau de Kérinou, où venaient se jeter ceux descendant de Kérigonan, Kérédern, Prat-ar-Raty et Kéranfurust, terminant sa course dans une crique de la Penfeld aujourd’hui comblée. A cette époque, trônait au milieu de la vallée, enjambant ce bras un moulin : «Ar Milin Coz». Il sera acheté le 1er mars 1669 par la Marine à la famille de Portsmoguer, pour y transformer le charbon de bois entrant dans la composition de la poudre à canon. Mal adapté à cette fabrication, du fait entre autres, du faible courant d’eau, il sera revendu à peine un quart de siècle plus tard. Cependant, cette activité aura marqué le lieu de son empreinte. Le nom de «Moulin à Poudre» sera donné aux quelques maisons formant ce hameau, ainsi qu’à l’anse dans laquelle se jettent les eaux ayant activé le moulin.

Au 18ème siècle, le courant de l’eau n’étant pas suffisamment important, plusieurs retenues furent édifiées et l’étang agrandi fut fermé par une large chaussée à écluse. C’est ainsi que le chemin reliant le village de Lanrédec à celui de Traon Quizac fut appelé « rue de la Digue »; ce nom était alors justifié par la retenue qui fermait l’étang alimentant les moulins.

Dénommée rue de Lanrédec le 21 juin 1965 sur toute sa longueur, les édiles lui redonnèrent son nom d’origine « rue de la Digue » sur la première portion côté Moulin à Poudre le 11 mai 1984, pérennisant dans ce secteur où toutes traces d’étangs ou de moulins ont aujourd’hui quasiment disparu, la présence en ces lieux d’une activité meunière diverse autrefois très active.

Les rives de l’anse étaient alors bordées de quais. La Marine y stockait une partie de ses bois. Vers 1765, les hangars de la tonnellerie avaient été édifiés sur la rive nord de l’anse et quelques années plus tard, sur l’autre rive, d’autres bâtiments pour le bois de construction. Le vieux moulin, devenu moulin à malt, s’étoffa par la suite d’une brasserie dont la future porte de l’arsenal pérennise aujourd’hui ce nom. Cette brasserie avait été ouverte en 1767 par la Marine. Avant 1800, la brasserie fut réaménagée comme pouliérie et le nouveau moulin qui l’actionnait encore sera quant à lui, utilisé comme magasin.

En 1849, la Marine vendit à la ville les terrains qu’elle possédait, pour l’édification du futur quartier de l’Harteloire et le déplacement de cette partie des fortifications. Sur la courtine, édifiée à cette époque et qui fermait la trouée de Kérinou en raccrochant les nouvelles défenses de la ville aux fortifications du Bouguen, fut aménagée dans une muraille, une porte avec pont-levis. La route du Moulin à Poudre et la rue de Portsmoguer apparurent. Désormais un corps de garde et un octroi délimiteront le passage de la ville à la campagne. Après 1875, l’anse de la tonnellerie sera en partie comblée et disparaîtra complètement au début du 20ème siècle. En 1910, la porte du Moulin à Poudre sera démolie mais l’octroi, lui, restera en service jusqu’en 1944. Aujourd’hui, l’Arsenal est enfermé. A la porte de la Brasserie qui y donne accès, ont été construits des bâtiments qui épousent à peu de chose près, les contours de ce qui a été l’Anse du Moulin à Poudre, bras de la Penfeld.
Sur le carrefour des rues du Moulin à Poudre, de Portsmoguer et du Bouguen, existent encore aujourd’hui les ruines du corps de garde qui mériteraient bien d’être mises en valeur au même titre que des vestiges de fortifications toujours visibles en ces lieux.

Porte de la Brasserie Brest-resizedporte de la brasserie ancienne-resizedMon cœur n’a fait qu’un bond lorsque j’ai lu la phrase en gras : sans qu’elle soit citée, c’est bien la brasserie de notre Albert dont il est question ! La porte de l’arsenal dont il est question, construite bien plus tard, n’est autre que la Porte de la Brasserie, autrefois appelée « porte du Moulin à Poudre ». Ainsi, l’histoire de cet endroit, à Brest, est donc intimement liée à celle d’Albert Druenne !

Les photos ci-contre représentent respectivement la porte de la Brasserie au siècle dernier (image : Le Bouguen-les Baraques) et actuellement (image : Trainjoël).

Ainsi donc, si l’on considère que la porte de la Brasserie se trouve proche de l’endroit où était réellement établie la brasserie d’Albert, un rapide coup d’œil à un plan des quartiers de Brest restreint les lieux où il aurait vraisemblablement pu habiter aux paroisses de Brest-centre et à Lambézellec, village situé au Nord de Brest. Nous éliminons ainsi potentiellement les quartiers de Recouvrance et de Saint-Pierre. Reste à explorer tous les autres… Il n’est mentionné ni dans le recensement de Lambézellec en 1886, ni dans celui de Brest en 1795-1796, ni parmi les décès de la paroisse Saint-Louis entre 1759 et 1791, ni dans celle de Recouvrance (Saint-Sauveur) (j’ai quand même regardé, au cas où…) entre 1761 et 1791.

C’est là que je suis actuellement bloqué. Sur Geneanet ou d’autres sites généalogiques, je ne trouve rien de concluant, que ce soit au sujet du contexte de naissance ou de décès d’Albert. À quand un déblocage ?

[EDIT : 10/12/2016] La famille d’Albert Druenne est désormais connue ! Il est le fils de Georges Druesnes et d’Anne Lobry, originaires de Bousies, dans l’arrondissement administratif de Landrecies. Albert avait 23 ans lorsqu’en 1747, il se mit au service de la Marine française. Une fois son serviceà Brest terminé, il rentra à Bousies et y épousa Marie Angélique Delfosse le 21 novembre 1758. Étant donné qu’aucun document des archives de Bousies ne mentionne explicitement son voyage vers Brest, il est impossible d’affirmer avec certitude qu’il s’agit bien du même Albert Druenne. Plusieurs indices viennent cependant soutenir la thèse qu’il s’agit bien de lui : son âge à l’époque de la brasserie à Brest, son mariage tardif (pour l’époque), le fait qu’il signe « Druenne » alors que le reste de sa famille signe « Druesnes », et enfin, le fait qu’il soit désigné dans son acte de mariage comme un « marchand de houblon ». Victoire : après des années de recherche, le « mystère Albert Druenne » est enfin éclairci !

Sources

  • LEVOT Prosper Jean, Histoire de la ville et du port de Brest, vol.2 (Le port depuis 1681), Brest-Paris, 1865, p.147, disponible sur Google Books
  • Le Blog de Dom, La Bretagne Brassicole, publié le 8 octobre 2012, consulté le 21 août 2016, disponible en ligne
  • Train Joël, Balade à Brest : les anciennes portes, publié le 7 octobre 2012, consulté le 21 août 2016, disponible en ligne
  • Sophie Mouton, Brest, plateau des Capucins : présentation historique, publié le 19 juillet 2007, consulté le 21 août 2016, disponible en ligne
  • Le Télégramme, La Bretagne, terre brassicole méconnue, publié le 14 décembre 2014, consulté le 21 août 2016, disponible en ligne
  • Tonnerre de Zef, « Île factice » à Brest, publié en septembre 2015, consulté le 21 août 2016, disponible en ligne
  • Page Facebook des archives de Brest, Moulin à poudre ou brasserie ?, publié le 22 octobre 2015, disponible en ligne
  • Le Bouguen – Les Baraques, Le Bouguen… Souvenirs, par Georges Perhirin, publié le 14 mai 2015, consulté le 21 août 2016, disponible en ligne

Sur les traces de mes ancêtres

Le jeudi 21 juillet, j’ai eu la chance de marcher dans les pas de mes ancêtres là où je ne l’avais jamais fait, là où des centaines de Druesne m’ont précédé : Ruesnes et Forest-en-Cambrésis. Si cela fait maintenant plus d’un an que j’ai découvert que c’est à Forest que sont mes origines, c’était la première fois que je m’y rendais « pour de vrai ». Un moment inoubliable ! Et pour cause…

DSCN2020-resizedPour la première fois depuis longtemps, j’ai eu la chance de faire une petite virée d’un soir avec mes parents. Si l’idée de cette escapade dans le Nord trottait dans ma tête depuis longtemps, c’est pourtant presque « sur un coup de tête » que nous avons pris la route pour faire de ce rêve une réalité. Mettant d’abord le cap sur Ruesnes, nous y avons découvert le petit village d’où seraient originaires les premiers Druesne à avoir porté ce nom (voir l’étymologie du nom ici). Là, peu de traces de notre famille ; je m’y attendais, car aucun Druesne de mon arbre n’a vécu bien longtemps à Ruesnes. Nous avons cependant découvert un château en ruines, ainsi que des tombes portant le nom Camaret. Les Camaret auraient-ils un lien avec les de Camaret, originaires du village de Chamaret dans la Drôme provençale, où ma famille part souvent en vacances ? De futures recherches approfondies nous le diront peut-être.

DSCN2039-resizedDeuxième étape de notre escapade : Forest-en-Cambrésis. Si Ruesnes n’a pas gardé beaucoup de traces visibles des Druesne, ce n’est pas le cas de Forest, où on les trouve presque à chaque coin de rue ! Ensemble, nous avons été à la découverte de la ferme de la Couronne, que mon ancêtre Simon Druesne donna à son deuxième fils Simon qui immortalisa son passage en gravant ses initiales (S.D.) et celles de son épouse Marguerite Givry (M.G.) dans la pierre de faîte du portail d’entrée de la ferme. On y trouve aussi une pierre commémorative du passage de Jésuites en 1744. L’église du village, rebâtie après 1918, ne contient plus aucune trace de la tombe de Simon Druesne et d’autres de mes ancêtres qui avaient été enterrés sous le dallage.

DSCN2080-resizedAvant de repartir vers la Belgique, sur la proposition de mon père, nous nous sommes rendus au cimetière de Forest, tout proche de la ferme de la Couronne, pour y trouver d’éventuelles tombes de Druesne susceptibles de nous apporter des informations sur l’histoire de la famille. Et comment ! Il y en avait des dizaines ! Armé de mon appareil photo, je circulais donc entre les tombes, appelé de temps à autre par mes parents qui en trouvaient d’autres. Nous entendant parler de Druesne, une dame, de passage dans le cimetière, s’est approchée de nous : « Je suis une Druesne, moi ! », dit-elle. Quelle bonne surprise ! Nous étions donc tombés, par un immense hasard, sur une cousine très éloignée, notre plus proche ancêtre commun étant le fameux Simon Druesne ! Nous avons échangé pendant quelques dizaines de minutes au sujet de nos histoires familiales respectives. Nos contacts échangés, c’est par internet que continuent nos échanges.

Une soirée inoubliable, qui restera longtemps dans les mémoires !

Un ancêtre peintre ?

Il y a quelques semaines, j’ai eu la surprise d’être contacté via ce site par un homme qui me disait avoir en sa possession une aquarelle au dos de laquelle il est écrit « Druenne – Lobbes ». Intrigué, je l’ai contacté à mon tour pour en savoir plus au sujet de cette peinture. Des photos détaillées m’ont permis de découvrir que si l’écriture au dos est de la main de mon grand-père, l’objet lui-même devait, lui, être un souvenir de mon arrière-grand-père Désiré Druenne datant de l’époque de ses études à l’Institut Warocqué de Mons. J’en ai donc conclu qu’il s’agissait probablement d’une peinture de sa main. Sans pouvoir en découvrir plus, j’ai archivé les mails échangés et les photos reçues dans mes archives personnelles.

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, tout-à-l’heure, en triant mes tas de fichiers généalogiques, j’ai retrouvé un brouillon de lettre de mon arrière-grand-père dans lequel il mentionne l’oeuvre ! Cette lettre, écrite à l’institut Warocqué le 30 novembre 1949 à l’occasion des cinquante ans de celui-ci, décrit cette peinture comme une « affiche publicitaire pour le « lancement » du Mercure Déchaîné déposée dans certains cafés et fritures de la ville. [Cette affiche] a été créée vers 26-27 par un Ancien, Marc Vanderborght. [L’affiche] nécessite quelques explications. […] Noire sur fond blanc, [elle] a été inspirée à notre camarade Vanderborght lors d’un de ses voyages en Amérique. Elle symbolise notre Mercure* sur le pont de Brooklyn à la conquête de New York et même de l’Amérique toute entière. Ces affiches sont pour moi des souvenirs non seulement de mon passage à l’Institut, mais aussi de mon camarade Vanderborght, je les confie à votre garde ».

Ainsi, une fois cédée à l’Institut, l’aquarelle aurait circulé de main en main jusqu’au jour où ce monsieur l’acheta dans une brocante à Bruxelles, il y a une vingtaine d’années de cela.

Une jolie découverte, à ajouter à l’histoire familiale !

*Mercure, le messager des dieux grecs, équipé d’un casque et de chaussures ailés, est le symbole de l’Institut Warocqué de Mons (actuellement uMons).

Z… Z’est fini !

Za y est. Z’est fini. Ce #ChallengeAZ est terminé ! Malgré mes examens, il a été une formidable expérience, qui fait réfléchir et qui, surtout, donne plein d’idées pour la suite, que celles-ci surgissent à la lecture des articles des autres participants au Challenge ou tout simplement lors de la rédaction de nos propres articles. J’en ai mentionné quelques-unes hier.

J’ai bien l’intention, plus encore qu’avant ce challenge, de perpétuer la rédaction de ce blog et de continuer mes recherches. Bientôt, je partirai poursuivre mes études à l’étranger, de sorte que je suis incapable de prédire le temps qui me sera disponible pour la rédaction de ce blog l’an prochain.

Voici un petit récapitulatif des articles publiés sur ce blog au cours de ce Challenge :

Y… Y a plus qu’à !

Le terme de ce ChallengeAZ arrive doucement. Au cours de tout ce mois de juin, tous les jours à l’exception des dimanches, parfois un peu en retard, j’ai publié, comme beaucoup d’autres « généablogueurs », un article par jour, commençant par une lettre à chaque fois différente de l’alphabet. Parfois, mes articles étaient clairement moins approfondis que d’autres : je m’en excuse, j’étais en pleine session d’examens pendant la plus grande partie du mois ! Voici donc le vingt-cinquième et avant-dernier article : Y a plus qu’à.

Oui, il n’y a plus qu’à. J’ai des tas de projets pour ma généalogie : entre bien d’autres idées, on y trouve…

  • Continuer de numériser et de classer les tas d’archives familiales, y compris les Super8 familiaux ;
  • Rédiger un grand rapport reprenant, au moins pour chacun des 255 ancêtres des 8 générations complètes de mes ancêtres, des tas de photos, de biographies, d’informations, d’arbres généalogiques, etc. ;
  • Continuer à interroger les personnes âgées de ma famille afin d’en connaître plus sur l’époque de leur enfance ;
  • Mieux visualiser les branches familiales que j’étudie au moyen de cartes et de lignes du temps ;
  • Améliorer ma manière de me poser des questions ;
  • Continuer à nourrir ce site, notamment en y ajoutant une page par branche de mes grands-parents, à la manière de la page Reul ;
  • Etc.

Bref, il y a encore du boulot !

X… L’éternel(le) inconnu(e)

Nous devons tous le savoir : malgré toutes les recherches que nous pouvons faire en une vie de généalogiste, il y aura toujours des cousins dont nous n’entendrons jamais parler, toujours des ancêtres qui ne seront jamais découverts, et qui resteront à jamais dans l’oubli…

C’est l’histoire d’une femme appelée Marguerite Polvin. Elle était la fille de Jean François Polvin et Marie Marguerite Leleu. Marguerite est née le 4 juillet 1674, elle a épousé Jean Baptiste Meunier le 22 août 1695. De lui, elle a eu 7 enfants, dont 5 ont vécu au-delà de leur cinquième année. Toute sa vie, Marguerite a été une femme attentive, active et présente pour les siens… Pourtant, par un concours de circonstances – manque de suivi de la part du curé qui rédigeait les actes, mauvais stockage de ces derniers, incendie des archives, etc. -, Marguerite tombera à tout jamais dans l’oubli. Jamais plus, elle ne fera l’objet de recherches quelconques, et jamais plus personne ne pensera à elle, car il ne reste rien de Marguerite.

Cela peut paraître évident, mais il faut y penser ! Le cas de Marguerite, inventé bien sûr, est loin d’être unique. À nous, généalogistes, de faire de la place à tous ces invisibles qui peuplent nos arbres !

W… Waouh !

« WAOUH ! », disent mes cousins lorsque je leur raconte brièvement le contenu de mes recherches. « C’est incroyable tout ce que tu as découvert ! ». Oui, c’est super, mais en soi… Tout existait déjà, je n’ai fait que croiser des informations ! Au départ de quelques informations laissées par des membres de ma famille plus ou moins éloignée au sujet de certaines branches de la généalogie familiale, je m’efforce de reconstituer au maximum l’histoire de notre famille. Comme je l’expliquais il y a quelques jours dans cet article, je cherche à respecter au maximum l’individualité de mes ancêtres en les considérant individuellement pour en écrire l’histoire, d’après tout ce que je peux trouver à leur sujet. Ce n’est pas facile, cela prend beaucoup de temps, mais tout va bien : j’ai toute la vie devant moi !

Ce qui est surtout « waouh », en fin de compte, c’est le fait de se rendre compte de l’immense amas d’information que serait une histoire complète de la famille, en passant par chacun des ancêtres que je partage avec mes frères, sœurs, parents et cousins. Imaginez donc un grand livre reprenant un récit de la vie de chacun, avec une photo lorsque c’est possible… Ne serait-ce pas un merveilleux héritage ? Moi, j’en rêve. Et j’y travaille chaque jour !