Héraldique

Les « de Ruesnes » et leurs armes

Si le village de Ruesnes, dont le patronyme Druesne est originaire, porte aujourd’hui un écu d’azur au loup ravissant d’or, il s’agit là d’un héritage de l’une de ses familles seigneuriales successives, la famille (de) Capy (voir p. 20) – pas de lien, donc, avec la famille Druesne.

Pour trouver des armes qui aient un lien avec la famille de Ruesnes, il faut à nouveau remonter aux seigneurs de Vendegies, dont l’écu était fait, comme nous l’avons écrit précédemment, d’or à la roüe de gueulle de 6 rais (c’est-à-dire d’une roue rouge à six rayons sur un fond jaune), ou encore de sable à la roüe de six rais d’or (d’une roue dorée de six rayons sur fond noir), ou d’argent (roue grise)[1]. Ces armes proviennent, comme nous l’avons expliqué précédemment, de la maison de Heusden (Brabant et Pays-Bas), dont les seigneurs de Vendegies étaient issus.

Dans l’armorial Beyeren, on trouve la version de sable à la roue d’argent de l’écu des seigneurs de Vendegies, dont un membre nommé Robert participa à un tournoi livré à Compiègne en février 1238[2].

 

Plusieurs autres familles sont issues des Ruenne-Vendegies : c’est notamment le cas d’une branche de la famille (le) Carlier qui, établie à Valenciennes, porte un blason parti, au premier d’argent au lion de sable et au second de gueules à la roue d’or (on trouve aussi le même blason avec, au second, de sable à la roue d’or ou encore d’or à la roue de gueules). Lorsqu’une inscription se trouve en-dessous d’un blason, on parle de devise ; lorsqu’elle se trouve au-dessus de celui-ci – comme c’est le cas ici –, on parle de cri, ou de cri de guerre. Il s’agit du cri de ralliement des chevaliers de cette maison lorsqu’ils livraient combat. En l’occurrence, le blason des (le) Carlier crie « Ruenne-Vendegies »[3]. De même, l’Annuaire Général Héraldique Universel[4] fait de ce cri la devise de la famille Leclerc de Pulligny, anoblie en 1623. Aucune autre source ne vient cependant, à notre connaissance, en fournir l’explication.

Enfin, en avril 2018, Guillaume Druesne, descendant d’André Druesne et Catherine Louise Bricout du village de Pommereuil, a fait officiellement enregistrer son blason auprès du Conseil français d’héraldique. Celui-ci se lit comme suit : d’azur au loup ravissant tenant dans ses pattes une hache, le tout d’or, accompagné de 3 croissants d’argent. L’azur (bleu) et le loup font référence au village de Ruesnes dont les Druesne tiennent leur nom, les croissants rappellent les armes du Cambrésis où a évolué la famille à travers les siècles, et la hache rend hommage à ses ancêtres combattants. L’écu est soutenu de 2 épis de blé d’or, les tiges passées en sautoir, liés de gueules, ceux-ci rappelant les nombreux cultivateurs de la famille, et la devise « jamais ne renonce » souligne majestueusement le tout.

La roue de Mayence

On ignore d’où est originaire le symbole de la roue de Heusden qui, selon la légende rapportée par Le Carpentier, serait à l’origine du nom « de Ruesnes ». On trouve cependant, dans des centaines de villes de l’Allemagne centrale, un symbole très semblable avec lequel un lien distant n’est probablement pas à exclure : la roue de Mayence.

Selon une légende que rapportent les frères Grimm, les adversaires de Willigis, évêque de Mayence élu en 975, se moquaient de l’origine humble de celui-ci – son père était charron. Ils dessinaient sur les portes et les murs de la ville le symbole de la roue en guise de moquerie. Willigis aurait alors récupéré le symbole à titre personnel. Plus tard, le symbole se serait disséminé à travers l’Allemagne et l’Europe.

Une autre théorie identifie cependant la roue à une représentation symbolique de Martin de Tours, patron de la ville et de la cathédrale de Mayence.

[1] Le Carpentier, Histoire Genealogique Des Païs-Bas, Ou Histoire De Cambray, Et Du Cambresis, 3:1051‑52.

[2] Heynenzoon, Armorial de Beyeren, 41.

[3] Le Carpentier, Histoire Genealogique Des Païs-Bas, Ou Histoire De Cambray, Et Du Cambresis, 3:367.

[4] Institut héraldique, Annuaire héraldique, 823.