L’imposant ouvrage de l’abbé Poulet sur l’histoire de Forest-en-Cambrésis (1905) consacre deux pages à une belle maison, qui existe encore de nos jours, ayant appartenu à François Simon Druesne.
Selon l’abbé Poulet, curé de Forest au début du vingtième siècle, il était coutume que les souverains de passage à Forest soient accueillis à l’hôtel des Coquelets, peu à peu renommé pour cette raison « hôtel de la Couronne ». Si des fragments de comptes de la Comtesse de Hainaut font état de son passage à Forest dès 1327, c’est dans un acte de vente daté du 26 mars 1514 que l’on trouve pour la première fois une mention de l’« hostel de la Couronne de Collard Cordier ». La veuve de Germain Cordier (Germain était probablement le fils de Collard) vendra l’hôtel en 1528. Le 9 septembre 1692, Simon Druesne, ancien mayeur, et Antoinette Payen, sa femme, donnent à leur fils Simon « une maison, chambres, brasserie, grange, estable, bergeries, bien, pourpris, jardin et héritaige, portant pour enseigne La Couronne, et contenant une mencaudée et demie » (une mencaudée est une mesure de surface). En 1704, Simon rénove la propriété reçue de son père et fait installer au-dessus de la grande porte de la cour une pierre, qui s’y trouve toujours, portant l’inscription « 1704 – à la Courone – Le Saint Non de Jésus y soit béni – S.D. – M.G. ». Ce type de devise, habituelle à cette époque et que l’on trouve ici avec un cœur représentant le Sacré-Cœur du Christ, est témoin de la dévotion à la piété chrétienne des villageois de l’époque (Poulet 1905, 401).
Par la suite, cette auberge n’a pas cessé de s’appeler, dans les actes, l’hôtel ou l’hôtellerie de la Couronne. De Simon Druesne, elle passa à Michel Taine qui, marié à Marie Agnès Druesne, mourut à l’âge de 60 ans, en 1742. Ses héritiers la possédèrent encore pendant un quart de siècle, puis, le 17 février 1763, Demoiselle Anne Françoise de Thiesvy de Layens la fit vendre : ce fut Jean Beauvais de Roeulx qui l’acheta pour la somme de 1600 florins (actes de l’échevinage de Forest). Plus tard, la Couronne appartint à Adrien François Douay, bailli de Cantraine et à Jean Matthieu Beautour, qui la vendirent le 20 juillet 1786 à Pierre Joseph Tainte (ou Taine), vicaire de Lécluse, au prix de 3000 livres de France. La propriété resta dans la famille Taine jusqu’au décès de Mme Taine, veuve de François Régis Soufflet. Elle fut alors vendue aux enchères et rachetée en 1886 par Anselme Soufflet. En février 1892, elle devint la propriété de Célestin Joseph Michaux, époux de Sophie Payen, qui la vendit à son tour à Siméon Dansou, époux de Laetitia Lacomblez, en octobre 1892. Son héritière, Marie Darthenay-Danjou, la vendit à Odon Henniaux en 1920. Gabriel Henniaux, son fils, en devint propriétaire par héritage en 1953. L’épouse d’Odon Henniaux étant une Druesne, descendante de Simon Druesne, on peut considérer qu’après une longue succession de propriétaires, la Couronne revint dans la famille que nous étudions. Suite au décès de Gabriel Henniaux en février 2017, cependant, la ferme est mise en vente en septembre 2017.